Dans les bleus de l’Ouzbékistan | sur la route des Mille et une Nuits

Il était une fois… une terre de légendes.

Au cœur de l’Asie centrale, l’Ouzbékistan évoque immédiatement les récits des Mille et Une Nuits : caravanes chargées d’épices, cités aux dômes turquoise et anciennes routes commerciales où l’on imagine encore les histoires des marchands de passage. Il ne manque parfois qu’un génie distrait ou un tapis un peu trop ambitieux pour que le décor bascule complètement dans la légende.

Joyau méconnu de l’Asie centrale, l’Ouzbékistan fait partie de ces pays que l’on peine souvent à situer sur une carte. Il est entouré par le Kazakhstan au nord, le Kirghizistan et le Tadjikistan à l’est, le Turkménistan au sud-ouest et l’Afghanistan au sud-est.

Carrefour mythique de la Route de la Soie, le pays a vu passer pendant des siècles marchands, savants, explorateurs et conquérants, tous chargés de soie, d’épices et de récits transmis au fil des caravanes, laissant derrière eux un héritage d’une richesse exceptionnelle. Ici, l’histoire ne se contente pas d’être racontée : elle se lit sur les façades, se devine dans les bazars et se perd dans les ruelles de terre.

De Samarcande à Boukhara, jusqu’à Khiva, chaque étape raconte un nouveau chapitre de cette histoire millénaire. Coupoles scintillantes, mosaïques infinies et caravansérails majestueux rappellent un temps où voyager relevait presque de l’épopée.

Mais l’Ouzbékistan ne se résume pas à ses décors de conte. Entre steppes, déserts et montagnes, les paysages changent au fil des kilomètres et donnent le sentiment d’un voyage dans le voyage.

Pendant dix jours, nous avons suivi cette route de légendes, quelque part entre réalité et imaginaire, avec cette sensation étrange d’être, l’espace d’un voyage, entrés dans un conte…

Le voyage commence à Tachkent, véritable carrefour entre l’Orient et l’Occident. Depuis des siècles, les caravanes de la Route de la Soie y faisaient halte avant de poursuivre vers Samarcande, Boukhara ou Khiva. Cette position stratégique a façonné l’identité de la ville, longtemps lieu d’échanges commerciaux, culturels et humains.

Aujourd’hui, Tachkent est une capitale surprenante, largement reconstruite après le tremblement de terre de 1966. Elle mêle influences soviétiques, grandes avenues, bâtiments modernes et marchés traditionnels, dans un ensemble hétéroclite.

Impossible d’évoquer l’Ouzbékistan sans mentionner Tamerlan, à l’origine de la dynastie timouride. À la fin du XIVe siècle, son empire fait rayonner l’Asie centrale et transforme Samarcande en l’une des plus prestigieuses capitales du monde musulman. Bien plus tard, après la période soviétique, le pays accède à l’indépendance en 1991.

Le métro de Tachkent est souvent considéré comme l’un des plus beaux du monde : chaque station possède son propre décor, entre marbre, mosaïques, lustres et motifs inspirés de la culture ouzbèke. Plus qu’un simple moyen de transport, c’est un véritable musée souterrain.

À la sortie, le bazar de Chorsu plonge immédiatement dans une autre ambiance : couleurs, odeurs d’épices, fruits secs et agitation permanente. Un lieu vivant qui résume à lui seul le rôle de Tachkent comme ville-carrefour entre Orient et Occident.

Infos pratiques: À Tachkent, les principaux musées ouvrent généralement entre 9h00 et 18h00. Les billets d’entrée restent très abordables, généralement entre 20 000 et 60 000 soums selon les sites. Le musée des Arts appliqués est autour de 40 000 soums, tandis que certaines parties de Khast Imam sont gratuites et d’autres payantes selon les espaces visités. Le paiement se fait directement sur place, aux guichets.

Temps de trajet entre Tachkent et Samarcande: environ 2h de train ou 4h30 de route

Le voyage vers Samarcande se fait aujourd’hui en train rapide à bord de l’Afrosiyob, en un peu moins de deux heures, un contraste saisissant avec l’époque de la Route de la Soie où il fallait près de neuf jours à dos de chameau pour parcourir la même distance.

Infos pratiques: Infos pratiques : la réservation des billets de train en Ouzbékistan se fait directement sur le site officiel d’Uzbekistan Railways, généralement entre 45 et 60 jours avant le départ, selon les trains. Mieux vaut s’y prendre dès l’ouverture des ventes, surtout pour les liaisons les plus demandées comme le train rapide Afrosiyob entre Samarcande, Boukhara et Tachkent, qui partent vite.

Après la modernité de Tachkent, l’arrivée à Samarcande donne l’impression de remonter le temps : pendant des siècles, cette cité mythique fut l’une des étapes les plus prestigieuses de la Route de la Soie, au point que son nom évoque encore les caravanes chargées d’épices, de soieries et de trésors venus des quatre coins de l’Asie.

On commence la découverte par le Gour-Emir, majestueux mausolée de Tamerlan, un peu à l’écart du centre historique. Son dôme bleu profond capte immédiatement le regard, tandis que l’atmosphère solennelle du lieu, entre silence et finesse des décorations, en fait un site à part, chargé d’histoire et de mémoire.

Non loin de là, la mosquée Bibi Khanoum, immense et imposante, rappelle la démesure architecturale de l’époque timouride. Malgré les siècles, ses proportions impressionnent toujours autant.

On rejoint ensuite le cœur de la ville avec la célèbre place du Régistan, véritable symbole de Samarcande. Son nom signifie littéralement « endroit sablonneux », contraste surprenant avec l’un des ensembles architecturaux les plus spectaculaires du monde. Impossible de détourner le regard des façades monumentales qui l’entourent : le bleu turquoise domine, couleur chère à Tamerlan (Timour), qui fit de Samarcande la capitale de son empire. Sous le soleil d’Asie centrale, les coupoles et mosaïques changent de teinte au fil de la journée, du bleu profond aux reflets presque célestes.

Ancien point de rencontre des marchands de la Route de la Soie, on y échangeait étoffes, épices et pierres précieuses — et sans doute quelques affaires plus discutables. Aujourd’hui encore, la place fascine : on pourrait y passer des heures à contempler les moindres détails des mosaïques et à imaginer l’effervescence qui régnait ici après des semaines de voyage à travers les déserts.

Les trois madrassas qui encadrent la place témoignent également du rayonnement intellectuel de Samarcande. Bien plus que de simples écoles religieuses, elles accueillaient l’enseignement des sciences, de l’astronomie, de la médecine et de la philosophie, faisant de la ville l’un des grands centres de savoir du monde musulman.

Enfin, le bazar Siab, situé à proximité, plonge immédiatement dans une autre ambiance. Entre étals colorés, montagnes d’épices et fruits secs, il incarne le visage le plus vivant de Samarcande, là où l’histoire rejoint le quotidien.

La nécropole de Chah-i-Zinda est un autre joyau de la ville. La nécropole du Roi Vivant (XIe-XIXe siècles), est un lieu de pèlerinage empreint de beauté et de spiritualité. Ce site remarquable se compose d’une succession de 550 mausolées ornés de carreaux émaillés turquoise, de motifs géométriques et d’inscriptions, illustrant un remarquable mélange d’influences turques, arabes et iraniennes. On y retrouve certaines des plus belles céramiques de la région.

Cette allée funéraire abrite notamment les sépultures de proches de Tamerlan, dont son petit-fils Ulugh Beg. On s’y promène entre les tombeaux, découvrant des intérieurs tantôt sobres, tantôt entièrement recouverts de mosaïques somptueuses.

Le site est très fréquenté : mieux vaut venir dès l’ouverture, vers 7h, pour en profiter pleinement.

Revenez absolument à la nuit tombée. Chaque soir, les façades des madrassas s’illuminent et les mosaïques se parent de nouvelles nuances de bleu et d’or. Dans le silence de la soirée, le Régistan semble alors retrouver un peu de la magie de la Route de la Soie.

Infos pratiques: À Samarcande, les monuments ouvrent en général entre 8h00 et 9h00 et ferment vers 18h00 ou 19h00 selon les sites et la saison. Le Régistan fonctionne de manière particulière : les madrasas sont ouvertes à la visite en journée avec un billet unique, et le site reste également accessible en soirée pour profiter des illuminations, avec un accès payant maintenu tant que les guichets sont ouverts ou via billet spécifique selon la période. Le Régistan se situe généralement entre 65 000 et 100 000 soums selon les zones accessibles. L’entrée sur le site Shah-i-Zinda est à 50 000 soums, et le mausolée Gour Emir à 60 000 soums. Le paiement se fait sur place, directement à l’entrée des monuments. Les réservations en ligne restent marginales et peu utilisées pour les sites individuels.

Temps de trajet entre Samarcande et Ashraf: environ 3h30 de route

Après les coupoles turquoise de Samarcande, le voyage prend une toute autre direction. Les grandes cités de la Route de la Soie laissent place aux reliefs rocheux et aux vallées isolées des montagnes de Nurata, offrant un visage plus confidentiel de l’Ouzbékistan.

Ashraf, niché dans les montagnes de Nurata, marque une véritable parenthèse dans le voyage en Ouzbékistan. Ici, le décor change radicalement : place aux reliefs rocheux, aux vallées isolées et à une nature plus brute, loin des grandes cités de la Route de la Soie.

Les montagnes de Nurata offrent un paysage à la fois sauvage et habité, où subsistent encore quelques villages traditionnels, parfois abandonnés, témoins d’un mode de vie plus ancien. C’est aussi une région propice à la randonnée, entre sentiers escarpés et panoramas ouverts sur des reliefs minéraux et verdoyants.

Au fil des chemins, on découvre des peintures rupestres discrètes ainsi que les vestiges d’anciennes forteresses perchées — mieux vaut parfois laisser un peu d’imagination compléter ce que le temps a effacé. Ces traces rappellent que ces montagnes ont longtemps servi de refuge et de zone de passage.

Depuis les hauteurs, le regard s’ouvre régulièrement sur le lac Haydar, vaste étendue qui contraste avec la rudesse des reliefs environnants et donne au paysage une dimension presque irréelle. En s’éloignant des sentiers principaux, les environs d’Ashraf dévoilent aussi de larges espaces ouverts, entre plaines et terrains désertiques, où l’on avance davantage pour le plaisir de marcher que pour atteindre une destination précise. Une étape de transition, où le pays semble doucement changer de visage entre zones habitées et horizons plus arides.

Cap ensuite sur le village montagnard de Sintab, niché dans un canyon verdoyant. Ici, les maisons en pierre se fondent parfaitement dans le relief, et la vie locale s’écoule à un rythme paisible, au plus près de la montagne.

L’ascension des 205 marches mène à l’ancien village, offrant une vue dégagée sur les montagnes environnantes ainsi que sur les vestiges d’une ancienne mine d’or et d’une cité minière abandonnée. La balade se poursuit autour de Sintab, puis le long de la rivière Sintab Soy.

Temps de trajet entre Ashraf et le lac Adarkul: environ 3h de route

Aujourd’hui, cap sur le lac Aydarkul, vaste étendue d’eau posée au milieu du désert ouzbek. Après plusieurs heures de route à travers des paysages arides, l’arrivée sur ses rives surprend presque : l’eau apparaît comme une illusion au cœur de la steppe.

Une baignade bien méritée dans ses eaux (presque) rafraîchissantes permet de profiter de la chaleur ambiante avant de rejoindre le campement de yourtes installé à proximité.

À quelques kilomètres du lac, au coeur du désert de Kyzylkum, ces yourtes traditionnelles offrent une immersion dans un mode de vie inspiré des traditions nomades d’Asie centrale. La soirée se déroule autour d’un dîner, d’un feu de camp et de chants folkloriques, sous un ciel étoilé d’une intensité rare, dans une atmosphère simple et chaleureuse, au rythme du désert. L’endroit idéal pour admirer le coucher — et le lever — de soleil, si l’on est du genre matinal… ou insomniaque.

Et cette insomnie-là a une cause bien réelle : des sauterelles particulièrement enthousiastes ont décidé de s’inviter dans la yourte, prenant un malin plaisir à nous sauter dessus, au sens le plus littéral du terme. Autant dire que le sommeil n’était pas franchement au programme. Une expérience « authentique », disons, dont nous nous serions volontiers passés, mais qui fait aussi partie des imprévus du désert.

Temps de trajet entre le lac Aydarkul et la ville de Nurata: environ 1 h de route

En quittant les montagnes de Nurata, une halte s’impose dans la petite ville du même nom. C’est l’occasion de partager un déjeuner chez l’habitant et de goûter aux spécialités locales avant de découvrir le célèbre bassin des poissons sacrés, lieu de pèlerinage entouré de légendes, ainsi que les vestiges de l’ancienne forteresse attribuée à Alexandre le Grand et la mosquée voisine.

La route se poursuit ensuite vers Gijduvan, réputée dans tout le pays pour sa tradition céramique. On y visite un atelier familial où l’art de la poterie se transmet de génération en génération depuis plus de six générations. À côté des potiers, des artisanes perpétuent également le savoir-faire du tissage de tapis, travaillant patiemment sur leurs métiers à tisser. Une belle occasion de découvrir l’un des savoir-faire les plus emblématiques d’Ouzbékistan, entre gestes ancestraux et motifs aux couleurs éclatantes.

Temps de trajet entre Nurata et Bhukhara: environ 3h de route

Si Samarcande impressionne, Boukhara invite à flâner. Avec plus de 2 000 ans d’histoire, la ville fut l’un des grands centres de la Route de la Soie, à la fois commercial, religieux et intellectuel. Surnommée la « Perle de l’Islam », elle a conservé une authenticité rare et une continuité architecturale exceptionnelle, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, faisant d’elle l’une des villes médiévales d’Asie centrale les mieux préservées.

Nous y avons passé trois jours, dans une atmosphère hors du temps. Les ruelles ocre, les maisons en briques et les anciens caravansérails replongent immédiatement dans l’âge d’or des caravanes. Pendant des siècles, marchands venus de Chine, de Perse, d’Inde ou d’Europe s’y croisaient pour échanger soieries, épices, idées et savoir-faire.

Cette richesse matérielle allait de pair avec un rayonnement intellectuel majeur : Boukhara fut un grand centre d’enseignement où les madrassas formaient des savants en théologie, mathématiques, médecine et astronomie, faisant de la ville une capitale culturelle du monde musulman.

Cet héritage se lit encore dans ses monuments. Le mausolée des Samanides, le plus ancien d’Asie centrale encore conservé, marque les débuts de cette grandeur. Plus loin, la mosquée Bolo Haouz, la citadelle Ark — véritable ville dans la ville — et la place Lyab-i-Hauz racontent la vie politique et sociale de la cité.

Le centre historique s’organise autour du complexe Poi-Kalon, dominé par le minaret de Kalon, haut de 48 mètres. Surnommé la « tour de la mort », il servait de repère aux caravanes traversant le désert. La légende raconte même que Gengis Khan, pourtant connu pour avoir détruit de nombreuses cités, fut si impressionné par sa beauté qu’il ordonna de l’épargner. Face à lui, la mosquée Kalon et la madrasa Mir-i-Arab forment un ensemble majeur, complété par les médersas d’Ulugh Beg et d’Abdullah Khan, ainsi que le singulier Tchor Minor et ses quatre petits minarets.

Boukhara est aussi une ville où l’on prend naturellement son temps. On s’y perd volontiers dans les coupoles marchandes, entre tapis, céramiques, bijoux et broderies, où artisans et commerçants perpétuent des savoir-faire ancestraux. Même sans acheter, difficile de résister à l’envie de fouiller les étals comme si chaque objet pouvait cacher un fragment d’histoire.

Si Samarcande est souvent la star des cartes postales, Boukhara est celle dont les voyageurs tombent amoureux. Plus calme, plus intime, elle donne l’impression de vivre quelques jours dans un décor des Mille et Une Nuits — avec, en prime, le confort moderne, ce qui reste tout de même appréciable après plusieurs semaines sur les routes de la soie.

Infos pratiques: Les principaux monuments payants ouvrent généralement entre 9h00 et 18h00, avec des variations selon les saisons et les sites. La forteresse Ark, l’un des rares sites véritablement payants, suit ce schéma classique, tandis qu’une grande partie de la vieille ville se visite librement, notamment autour de Lyab-i Hauz ou du complexe Poi Kalyan, qui restent accessibles en continu pour les extérieurs, même en dehors des horaires des musées et des médersas. L’entrée de la forteresse Ark est fixée à 50 000 soums, et la plupart des autres sites payants se situent dans une fourchette de 20 000 à 50 000 soums. Beaucoup de médersas et mosquées encore en activité ne sont pas systématiquement payantes, ou ne facturent que certaines zones spécifiques. Le paiement se fait presque toujours sur place, directement aux guichets, en espèces en soums.

Après avoir déambulé parmi les minarets et les médersas de Boukhara, nous découvrons un autre visage de l’Ouzbékistan. À quelques kilomètres de la ville, les villages de la région de Vobkent offrent une immersion plus intime, loin des grands monuments et au plus près de la vie quotidienne.

Le petit village de Shirin est l’occasion de partager quelques heures avec les habitants. On met la main à la pâte pour préparer le pain traditionnel et quelques plats nationaux avant de passer à table dans une ambiance conviviale. Après le déjeuner, tout le village semble se retrouver autour d’une activité aussi simple qu’insolite : faire griller des noyaux d’abricot salés, une tradition locale qui rythme la vie de la communauté.

Sur le chemin du retour, changement d’ambiance avec la visite de l’ensemble architectural de Bakhaouddin Nakhchbandi, où repose le saint patron de Boukhara. Ce lieu de pèlerinage, l’un des plus importants de l’islam soufi, dégage une atmosphère paisible et spirituelle.

La journée s’achève à la maison-musée de Fayzoulla Khodjaev, ancien riche marchand et homme politique ouzbek. Derrière ses murs se dévoile une élégante demeure traditionnelle, avec son mobilier d’époque et ses décors raffinés, offrant un dernier voyage dans le quotidien de la bourgeoisie de Boukhara au début du XXᵉ siècle.

Temps de trajet: environ 5h en train ou 7h en voiture depuis Bhukhara

La route entre Boukhara et Khiva traverse des paysages de plus en plus arides, comme une lente transition vers les confins du désert du Kyzylkoum. Peu à peu, les villes s’effacent pour laisser place à de vastes étendues désertiques, jusqu’à l’apparition de Khiva, presque irréelle au milieu de nulle part.

S’il ne fallait garder qu’une seule image de l’Ouzbékistan, ce serait peut-être celle de Khiva. Entièrement ceinte de remparts, la vieille ville d’Itchan Kala apparaît comme un décor de cinéma figé dans le temps, avec ses ruelles de terre, ses coupoles turquoise et ses murs couleur de sable qui s’embrasent au coucher du soleil.

Sans doute la ville la mieux conservée du pays, Khiva se découvre comme un immense musée à ciel ouvert où chaque ruelle semble raconter une histoire. S’y promener donne l’impression de remonter plusieurs siècles en arrière… même si, en réalité, la plupart des monuments sont moins anciens que New York !

Entre la profusion de palais, les médersas finement décorées et les portes monumentales, la ville impressionne par la richesse de son architecture. Et puis, au détour d’une ruelle, impossible de manquer le Kalta Minor. Avec ses faïences vertes et bleues et ses proportions étonnantes, ce minaret trapu est devenu l’un des symboles de Khiva.

Pour l’anecdote, le Kalta Minor devait devenir le plus haut minaret du monde musulman et culminer à 70 mètres. Un projet démesuré pour l’époque, qui ne vit pourtant jamais le jour : à la mort du khan, les travaux furent interrompus alors que l’édifice n’atteignait que 29 mètres.

Selon la légende, le khan de Boukhara, apprenant le projet de son rival de Khiva et ne pouvant supporter l’idée de vivre à l’ombre d’un minaret plus grand que le sien, aurait tenté de débaucher — ou d’enlever, selon les versions — l’architecte afin qu’il construise un monument encore plus imposant dans sa propre ville. L’architecte aurait alors pris la fuite, condamnant le Kalta Minor à rester inachevé pour l’éternité.

Réputée autrefois pour son marché aux esclaves, la ville porte également les traces d’un passé plus sombre, aujourd’hui transformé en un patrimoine exceptionnel. C’est peut-être ce contraste qui rend Khiva si attachante : une ville à taille humaine, chargée d’histoire, où l’on se perd avec plaisir.

Khiva, c’est une parenthèse hors du temps, une cité de terre et de soleil qui donne l’impression d’avoir été oubliée par les siècles… pour notre plus grand bonheur.

Infos pratiques: À Khiva, l’entrée de la vieille ville fortifiée d’Ichan Kala est payante. Le billet unique coûte 250 000 soums (environ 18 €) et est valable 48 heures. Il donne accès à l’essentiel des monuments intra-muros, dont Kalta Minor, Kunya-Ark ou la médersa Muhammad Amin Khan. Les sites ouvrent généralement entre 8h00 et 18h00, avec quelques variations selon la saison. L’ensemble se visite facilement sur une journée ou deux. Le billet s’achète directement aux portes de la ville, en espèces (soums), puis est contrôlé à chaque entrée de monument. Il est également possible de réserver en ligne sur le site de la routedelasoie.

Disons-le franchement : on ne vient pas en Ouzbékistan pour vivre une grande aventure gastronomique. Le pays souffre encore d’un certain manque de formation dans le secteur de la restauration, avec des services parfois très longs, une cuisine souvent simple et une utilisation particulièrement généreuse de l’huile. Les estomacs sensibles risquent d’ailleurs de trouver le voyage un peu sportif… Mieux vaut glisser dans sa valise une petite trousse à pharmacie, qui pourrait bien devenir votre plus fidèle compagnon de route.

Le plat national, le plov, résume à lui seul la cuisine ouzbèke : un copieux mélange de riz pilaf, de viande, de carottes et d’épices, le tout mijoté dans une quantité d’huile qui ferait pâlir votre cardiologue. Délicieux lorsqu’il est bien préparé, mais rarement léger ! Autre incontournable du pays, les manti, de grands raviolis farcis à la viande ou aux légumes et cuits à la vapeur (ou dans l’huile), se retrouvent pratiquement à toutes les tables et sur tous les menus du pays.

Quelques précautions s’imposent également : mieux vaut éviter les légumes crus ou les salades lorsqu’on n’est pas certain qu’ils ont été lavés à l’eau potable. Votre système digestif vous remerciera.

Heureusement, le paysage évolue. Dans les grandes villes, certains établissements se démarquent nettement par la qualité de leurs plats, le soin apporté au service et la chaleur de leur accueil. Ces belles adresses sont encore l’exception plutôt que la règle, mais elles prouvent que la scène culinaire ouzbèke est en pleine évolution et qu’il est tout à fait possible de très bien manger… à condition de savoir où s’attabler.

La bonne nouvelle, c’est qu’en cherchant un peu — ou en lisant ce guide ! — on trouve quelques belles tables qui montrent le meilleur de la cuisine ouzbèke.

Où manger à Samarcande

À Samarcande, l’Emirhan est clairement l’adresse rooftop à ne pas manquer. On y vient autant pour sa cuisine mêlant spécialités ouzbèkes et plats internationaux que pour son service attentionné et ses prix encore très accessibles. Mais le vrai atout du lieu, c’est sa terrasse panoramique : une vue directe sur le Régistan, idéale au coucher du soleil, qui suffit à rendre le dîner mémorable.

Où manger à Bhukhara

À Boukhara, impossible de ne pas citer Ayvan, l’une des plus belles tables de la ville. On y dîne sous un superbe iwan soutenu par d’élégantes colonnes de bois, entouré de niches décoratives et de sculptures en stuc. Le cadre, à lui seul, mérite le détour, et la cuisine locale y est particulièrement soignée. La cuisine ouzbèke y est soignée et bien exécutée, avec en complément quelques options d’inspiration européenne, qui permettent de varier un peu entre deux repas plus traditionnels.

Autre bonne adresse : JOY Chaikhana Lounge revisite les classiques ouzbeks dans une version plus contemporaine, le tout dans une ambiance chaleureuse et élégante. Une valeur sûre pour un dîner un peu plus raffiné. Petit bémol toutefois, le service peut être un peu lent et le personnel pas toujours bien rodé.

Pour prendre un verre en terrasse avec vue sur la place du Régistan, poussez les portes du Café Chet. L’endroit est particulièrement agréable au coucher du soleil.

Où manger à Khiva

À Khiva, le Terrassa Cafe & Restaurant est devenu une véritable institution. Si la cuisine y est bonne et variée, c’est surtout sa terrasse qui fait toute la différence. À la nuit tombée, la vue sur les remparts et les minarets illuminés est tout simplement magique. Le restaurant propose également des spectacles de danse en soirée, offrant une belle expérience complète.

Le Minorai Kalon Restaurant & Terrace est également un excellent choix pour observer le coucher de soleil. Sa terrasse offre un magnifique panorama sur les coupoles et les minarets illuminés de la vieille ville. On y vient autant pour le cadre que pour l’assiette.

Ces belles adresses prouvent qu’en Ouzbékistan, on peut aussi vivre de très beaux moments à table… à condition de savoir où s’attabler.

L’Ouzbékistan est un pays musulman modéré où l’ambiance reste globalement très détendue. Il n’y a pas de règles vestimentaires strictes au quotidien, mais il est préférable d’adopter une tenue adaptée pour la visite des mosquées, médersas et autres lieux de culte.

De manière générale, on privilégie des vêtements couvrant les épaules et des pantalons longs ou des jupes au niveau du genou. Rien de contraignant, plutôt du bon sens et un peu de respect pour les lieux visités.

Pour les femmes, le foulard n’est pas obligatoire partout, mais il peut s’avérer utile dans certains sites religieux. Et c’est aussi une excellente occasion de céder à une tentation locale : les foulards en soie ouzbeks sont superbes, souvent très abordables, et il y a de fortes chances que vous repartiez avec l’excuse parfaite du type “celui-là ira mieux avec Samarcande” (puis un deuxième, pour Boukhara, évidemment).

Enfin, côté confort, privilégiez des vêtements légers et respirants : la chaleur peut être intense, surtout en été, et autant éviter de transformer chaque visite en épreuve d’endurance.


L’Ouzbékistan n’est sans doute pas la destination la plus spectaculaire au sens où on l’entend habituellement. On n’y vient pas pour des paysages grandioses ou une nature exubérante. On y vient pour autre chose : pour l’histoire qui imprègne chaque pierre, pour la beauté saisissante de ses villes et pour cette atmosphère si particulière, comme suspendue dans le temps. Dix jours auront suffi pour que ce pays nous donne l’impression d’avoir voyagé bien plus loin, quelque part entre Orient, légendes et réalité.

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